Mes lectures US de l’été et de la rentrée littéraire 2022

Lectures de l'été et de la rentrée littéraire 2022

Voici mes lectures US de cet été et de la rentrée littéraire 2022. Il s’agit bien sûr d’auteurs américains ou bien d’intrigues et récits se déroulant sur le sol américain. Si vous avez lu un ou plusieurs de ces titres, n’hésitez pas à donner votre avis au bas de la page pour les autres lecteurs. Merci.

 

Almanach d’un comté des sables – ALDO LEOPOLD

Almanach d'un comté des sables ALDO LEOPOLD

Almanach d’un comté des sables est un véritable hymne à la nature, un appel à la sauvegarder, un véritable classique du “nature writing”. Aldo Leopold (1887-1948), en défenseur de la nature, nous fait part de ses observations dans sa ferme du Wisconsin de quarante-huit hectares. On suit au travers de ses récits le rythme des saisons marqué par la vie de la faune. C’est par exemple la moufette qui s’aventure dehors en janvier, ou bien la migration des oies qui arrivent au printemps (mars) et qui repartent ensuite en novembre vers le sud. En est suivi le ballet aérien des bécasses en avril/mai et la pousse des pissenlits qui annonce l’arrivée de la maubèche des champs. Il évoque ainsi tous les mois de l’année, le principe de l’almanach, et les particularités de chaque mois.

En défenseur de la nature et de la faune sauvage, il s’inquiète et alerte sur l’espace vital des animaux sauvages, l’extermination des loups, l’extinction des ours dans certaines régions comme à Escudilla en Arizona, certaines espèces d’animaux sauvages abattus en grande quantité ou l’abatage d’espèces rares, ainsi que le recul de la flore.

Cet écrit date de 1948, il faut le souligner, et il alerte sur des problèmes qui sont toujours d’actualité. On apprécie à la lecture de l’Almanach d’un comté des sables la sensibilité de l’auteur face à la faune et à la flore et l’importance d’en prendre soin.

À noter aussi la préface de J.-M. G. Le Clézio :

Le regard prophétique qu’Aldo Léopold a porté sur notre monde contemporain n’a rien perdu de son acuité, et la semence de ses mots promet encore la magie des moissons futures. Voilà un livre qui nous fait le plus grand bien.

Extrait (p.94):

Le Seigneur donne et le Seigneur reprend, mais Il n’est plus le seul à agir de la sorte. Le jour où un de nos lointains ancêtres inventa la bêche, il devint donneur : il pouvait planter un arbre. Et quand la hache fut inventée, il devint repreneur : il pouvait abattre cet arbre. Qui possède de la terre a ainsi endossé, qu’il le sache ou pas, les fonctions divines de créer ou de détruire des plantes.

-Traduction : Eric Chédaille

-Publié par les Éditions Gallmeister

-Titre original : A sand county almanach

-280 pages – 23,50 euros

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Panique générale – JAMES ELLROY

Panique générale JAMES ELLROY

Dans Panique générale, James Ellroy dresse le portrait de Fred Otash. Cet homme a réellement existé. Né en 1922 et mort en 1992, il était policier à Los Angeles et détective privé.

Ce Freddy Otash qu’on retrouve ici n’est pas vraiment sympathique. C’est un marchand de calomnies, maître chanteur, indic, proxénète, obsédé, vulgaire… Et dans Panique générale, il est le personnage principal. Il croupit depuis 28 ans au purgatoire et il doit désormais confesser ses péchés s’il veut sortir de là… Donc Freddy confesse ! Il en profite alors pour tout déballer et balancer un peu sur tout le monde. D’ailleurs quand il était vivant, il n’hésitait pas à communiquer les derniers ragots au magazine Confidential. Sous la plume de James Ellroy qui est tranchante, défilent alors les stars et personnalités de l’époque dans un aspect d’Hollywood bien sordide : Liz Taylor, James Dean, Kennedy et Ingrid Bergman…

J’ai retrouvé avec plaisir l’écriture unique de James Ellroy et l’ambiance vintage de Los Angeles. Néanmoins, cette plongée dans ce Hollywood glauque ne m’a pas vraiment séduite, trop vulgaire et trop confus pour moi. Une petite déception donc avec Panique générale, mais ce n’est que mon ressenti personnel…

-Publié par les Éditions Rivages

-Traduction de Sophie Aslanides

-Titre original : Widespread Panic

-331 pages – 23 euros

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Là où vont les belles choses – MICHELLE SACKS

Là où vont les belles choses MICHELLE SACKS

On suit les événements au travers de la parole de Dolly, petite fille de 7 ans. Son père l’a emmenée en voiture avec lui, précipitamment, sans lui dire où ils allaient. Elle a juste eu le temps de prendre avec elle Clemesta, son jouet préféré, un cheval en plastique magique qui lui parle et qui est aussi son ami et confident. Durant ce mystérieux voyage à travers le pays, la petite Dolly nous livre quelques indices peu rassurants…

Dolly est au départ contente de partir avec son père, mais elle déchante vite… Il y a quelque chose de pas net dans ce voyage imprévu… La tension va alors s’installer et l’inquiétude grandit.

L’histoire est à la fois touchante et tragique. Ce roman noir psychologique maintient le lecteur en haleine au travers de tous les éléments inquiétants évoqués par la fillette. D’autant plus qu’elle est très intelligente et a une grande vivacité d’esprit.

Via la parole de Dolly, Michelle Sacks évoque plusieurs thèmes : la fuite, les mensonges, la perte de l’innocence, la relation parents /enfants brisée (Dolly avec son père et son père avec ses propres parents), la noirceur des adultes…

Cette lecture est vraiment prenante et émouvante, un de mes gros coups de cœur de l’été !

-Extrait (p.104/105)

Elle s’est accroupie et m’a pincé les joues avec ses grands ongles roses.

Dieu te bénisse, mon ange.

Personne ne m’avait jamais fait ça et j’ai beaucoup aimé. J’ai pris la bénédiction et je l’ai rangée dans une partie de mon cœur. C’est là que vont les belles choses comme l’amour, les câlins, les rires et la gentillesse. La poche est très grande et jamais trop remplie.

-Publié par les Éditions 10/18

-Traduction de Romain Guillou

-Titre original : All the lost things

-311 pages – 8,20 euros

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La montagne et les pères – JOE WILKINS

La montagne et les pères JOE WILKINS

J’ai découvert Joe Wilkins en 2021 avec l’excellent roman Ces montagnes à jamais qui se déroulait dans les Bull Mountains, au sud du Montana. Avec La montagne et les pères, il nous entraîne à nouveau chez lui, au Montana. Il évoque dans ce récit autobiographique son enfance au pied des Bull Mountains, dans cette région du Big Dry.

Il grandit là, dans une ferme, élevé par sa mère et son grand-père, son père étant décédé d’un cancer quand il avait 9 ans. La vie y est rude et certains vivent dans une grande pauvreté.
Il évoque avec simplicité et réalisme la vie sur place, le père disparu, et le besoin de s’identifier à une figure paternelle. On découvre le courage et la persévérance, l’attachement aux traditions, à ces terres hostiles, desséchées et balayées par les vents, à la maison vétuste, à cette vie contraignante…

Joe Wilkins nous livre ici une plongée autobiographique et nostalgique dans la vie rurale américaine. La lecture pousse à la réflexion et à l’attachement aux lieux, qui sont des repères, ainsi qu’à la filiation.
La montagne et les pères est un hommage à cette région du Montana et aux hommes qui le peuplent.

-Extrait (p.69)

J’ai NEUF ANS quand mon père meurt et laisse ma mère avec cent vingt hectares de terres agricoles en bordure de la Musselshell River et trois enfants en bas âge. Mon grand-père est un vieil homme, mais il fait tout ce qu’il peut pour nous.

-Publié par les Éditions Gallmeister

-Traduction de Laura Derajinski

-Titre original : The mountain and the fathers, growing up on the Big Dry

-288 pages / 23,40 euros

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Un profond sommeil – TIFFANY QUAY TYSON

Un profond sommeil TIFFANY QUAY TYSON

White Forest MISSISSIPPI 1976
Bert, 14 ans, son frère Willet, 16 ans, et la petite sœur Pansy, 6 ans, vont se baigner à la carrière. Ce site est maléfique, dangereux et théâtre dans le passé de drames. Leur père leur a donc interdit d’y aller. Mais ils sont attirés par cette carrière mystérieuse et sinistre, creusée dans le passé par des esclaves. Les deux aînés s’éloignent pour chercher des baies, mais à leur retour la petite Pansy a disparu. Des années plus tard, ils partent dans les marécages du sud de la Floride, sur une piste, car Pansy n’a jamais été retrouvée.

Tiffany Quay Tyson happe le lecteur dès le début du roman avec la disparition de la fillette qui est l’intrigue principale. Aussi, au fur et à mesure, des éléments mystérieux apparaissent comme le père faux-monnayeur qui s’est volatilisé… Elle décrit avec réalisme et précision la douleur face à cette disparition sans réponses, ainsi que la culpabilité et aussi le désarroi de la mère qui sombre dans la dépression.

L’ambiance est sombre, poisseuse, mêlée à un lourd passé de secrets et de superstitions, avec également le racisme et la ségrégation de cette région du sud profond.

Bert est hantée par la disparition de sa sœur et prête à tout pour découvrir la vérité. Elle fait preuve d’un immense courage pour dénouer les secrets et mystères qui l’entourent. En parallèle, on découvre le passé de la grand-mère Clem, avec notamment les thèmes de la condition féminine, avortement, adoption…

Un roman noir envoûtant qui accroche le lecteur dès les premières pages et l’entraîne dans ses mystères jusqu’au dénouement final. Un de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire.

-Extraits (p.221 et p.280):

Mamie Clem disait toujours que les questions étaient plus abondantes que les réponses et qu’il y avait des mystères qu’il valait mieux ne pas tirer au clair.

 

C’était peut-être naïf de présupposer qu’un lieu spécifique était plus maléfique qu’un autre en ce monde. C’était peut-être le monde entier qui était dangereux.

-Traduction : Héloïse Esquié

-Publié par Sonatine Éditions

-Titre original : The past is never

-394 pages / 22 euros

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Faire bientôt éclater la terre – KARL MARLANTES

Faire bientôt éclater la terre KARL MARLANTES

Karl Marlantes, auteur de Retour à Matterhorn, nous offre un véritable plaisir de lecture avec Faire bientôt éclater la terre. Il nous entraîne dans la Finlande de la fin du 19e siècle, dans la famille Koski. Puis c’est la fuite en Amérique. Là, les Koski vont se construire une nouvelle vie, dans le nord-ouest des États-Unis, dans l’État de Washington. On suit alors les deux frères, Ilmari et Matti, ainsi que leur sœur Aino.

Dans cette région où ils se sont installés et où ils essaient de construire un avenir, l’activité principale est le bûcheronnage (Douglas, Sitka) et aussi la pêche (saumon Chinook). La vie est dure, les conditions de travail pénibles et dangereuses. Aino se lance alors dans la défense des droits des ouvriers.

On suit l’évolution de la famille dans son nouveau pays. C’est une véritable fresque familiale, mais aussi historique et sociale. On découvre différentes étapes marquantes du pays, les débuts des syndicats et la répression, les conditions de vie des ouvriers, mais aussi la prohibition, l’abattage massif des forêts et les Indiens qui y vivaient avec Vasutäti la vieille indienne guide spirituelle d’Ilmari.

Ce roman est vraiment captivant dès les premières pages et certains personnages attachants. De plus, les cartes placées au début du livre permettent de se repérer facilement, tout comme l’index des personnages principaux qui est bien utile.

À noter que l’auteur a puisé son inspiration dans ses origines et sa famille. Il le dit clairement à la fin du roman, ses grands-parents, ainsi que leurs frères et sœurs, étaient des immigrés finlandais installés dans cette région du nord-ouest des USA (État de Washington) en 1890. Tout comme les personnages du roman, ils étaient bûcherons, pêcheurs, ouvriers ou fermiers. Quant à sa grand-mère Aina, elle avait les mêmes convictions politiques qu’Aino.

Ce roman a été un de mes grands coups de cœur de cette rentrée littéraire 2022. Ne vous laissez pas intimider par les 850 pages, il se lit très facilement. J’ai rarement lu aussi vite un roman de ce volume.

-Publié par les Éditions Calmann-Lévy

-Traduction de Suzy Borello

-Titre original : Deep River

-856 pages – 24,50 euros

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Le temps est la plus grande distance – LARRY FONDATION

Le temps est la plus grande distance LARRY FONDATION

Lawrence était un étudiant brillant. Hélas, il plonge dans la dépression et sa vie s’effrite, jusqu’à ce qu’il se retrouve à vivre dans la rue à Los Angeles.

Il raconte alors son quotidien très dur et alterne avec les réflexions culturelles liées à son passé d’étudiant.

Une véritable plongée dans les bas-fonds, dans le quotidien d’un jeune à l’avenir prometteur qui s’est retrouvé à la rue. Un livre court qui se lie rapidement, mais qui est très sombre et néanmoins écrit avec poésie.

-Traduction de Romain Guillou

-Publié par les Éditions 10/18

-Titre original: Time is the longest distance

-264 pages – 7,90 euros

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Thoreau – EMERSON

Thoreau EMERSON

Ce petit livre se lit d’une traite et permet de mieux connaître Thoreau. Il s’agit de l’éloge funèbre prononcé par son ami Emerson à son décès.

Thoreau, auteur de Walden et de La désobéissance civile, était naturaliste, philosophe et poète. Il est né en 1817 à Concord dans le Massachusetts et décédé au même endroit en 1862, à 44 ans. Son ami Emerson met à sa disposition une cabane au bord d’un lac dans laquelle Thoreau vit pendant deux ans. Thoreau menait une vie simple et modeste. Il connaissait parfaitement la faune et la flore, s’intéressait beaucoup aux Indiens et était contre l’esclavagisme.

Ralph Waldo Emerson (1803-1882) était un philosophe, poète et essayiste américain qui appartenait au transcendantalisme.

Cet écrit d’Emerson est un vibrant hommage à son ami Thoreau. Et comme le dit le traducteur et préfacier Stéphane Thomas, d’après Robert Richardson, biographe de Thoreau et d’Emerson, il s’agirait du “meilleur texte biographique d’Emerson, le plus personnel, et il reste ce qu’on a écrit de mieux à ce jour sur Henry Thoreau”. Aussi, Emerson termine son éloge de Thoreau avec quelques citations extraites de son journal (1850/1852).

Extraits (p.26 et 28) :

Il n’a suivi aucune formation professionnelle, il ne s’est jamais marié, il vivait seul, il n’allait jamais à l’église, il ne votait jamais, il a refusé de payer une taxe à l’État, il ne mangeait pas de viande, ne buvait pas de vin, n’a jamais connu l’usage du tabac et, bien que naturaliste, n’utilisait ni piège ni fusil. Il a fait le choix, sage sans doute dans son cas, d’être le célibataire de la pensée et de la Nature. Il n’avait aucun talent pour la richesse et savait comment être pauvre sans la moindre trace de misère ou d’inélégance.

 

Il a choisi d’être riche en réduisant ses besoins et en les satisfaisant lui-même. Quand il voyageait, il ne prenait le train que pour traverser autant d’étendue sans rapport avec le but initial, parcourant à pied des centaines de kilomètres, évitant les hôtels, louant un abri chez les paysans et les pêcheurs, moins cher et plus à sa convenance et parce qu’il pouvait plus facilement trouver là les hommes et l’information qu’il cherchait.

-Traduction de Stéphane Thomas

-Publié par les Éditions Rivages – collection Rivages Poche Petite Bibliothèque

-85 pages – 7 euros

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En descendant la rivière – EDWARD ABBEY

En descendant la rivière EDWARD ABBEY

Edward Abbey nous entraîne avec lui pour des réflexions et observations de la nature au fil de l’eau. Que ce soit la Green River au sud-est de l’Utah, la Tatshenshini en Alaska et Yukon, dans le Grand Canyon ou au canyon d’Arauipa, il partage ses observations sur le paysage, la faune et la flore, et ses pensées, notamment durant les bivouacs sur les rives, au cœur de la nature. Il en profite ainsi pour réfléchir à la nécessité de préserver l’environnement. Il suggère par exemple des règles pour préserver les parcs, en particulier le Grand Canyon. Edward Abbey évoque aussi les bateliers qui descendent les rivières. Il alerte également sur la notion d’offre et de demande et la nécessité de réglementer, l’industrialisation, l’agrobusiness…

Ce voyage au fil de l’eau est aussi bien sûr l’occasion de parler d’Henri Thoreau et de Walden. Ce livre est structuré en quatre parties, onze nouvelles plus un épilogue, qui rapportent les expériences vécues par l’auteur au début des années 1980. Ces nouvelles qui racontent des descentes de rivières dans l’ouest américain s’inscrivent pleinement dans le “nature writing”. Elles sont à la fois une évasion et une invitation à la réflexion. Edward Abbey nous donne ici envie de faire comme lui, descendre les rivières, se laisser glisser dans le sens du courant, au cœur des plus beaux paysages américains et contempler…

Edward Abbey (1927-1989) est considéré comme un des principaux écrivains du “nature writing”. Dans sa jeunesse, il a travaillé comme ranger dans le parc national des Arches en Utah, expérience qu’il retranscrit dans Desert solitaire en 1968. En 1975 son roman Le Gang de la clé à molette connaît le succès. Quant à son roman Seuls sont les indomptés, il est adapté au cinéma en 1962 par David Miller, avec Kirk Douglas et Gena Rowlands. Son lieu de repos éternel est tenu secret. Amoureux du désert, son ami Doug Peacock l’y a enterré sans révéler l’emplacement.

-Traduction : Jacques Mailhos

-Publié par les Éditions Gallmeister – Totem N°221

-Titre original : Down the river 

-256 pages – 9,90 euros

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Marcher vers l’horizon – DOUG PEACOCK

Marcher vers l'horizon DOUG PEACOCK

Doug Peacock est un vétéran du Vietnam et un homme cabossé qui de retour au pays souffre du syndrome du vétéran post-traumatique et ne trouve refuge que dans de longues marches au cœur de la nature. Il nous entraîne avec lui dans le désert de l’ouest américain, au Montana, au Mexique, sur l’Isla Tiburón en mer de Cortez ou bien dans la région de Sonora. Les chapitres sur le sol américain alternent avec des randonnées au Népal, de longues marches qui sont thérapeutiques pour lui.

Il nous parle aussi longuement de son ami avec qui il a partagé de longues escapades dans la nature, Edward Abbey. Ami qu’il a enterré dans un lieu tenu secret dans le désert. Ce livre est d’ailleurs aussi un hommage à cet ami disparu.

Les évasions dans la nature sont pour Doug Peacock un refuge, une thérapie et sont propices à la réflexion. Il aborde d’importants sujets incontournables comme la maladie, la mort, mais aussi la solitude, le suicide, la nature ou l’écologie. Il parle également des Indiens et de certaines civilisations anciennes avec les pétroglyphes observés au cours de plusieurs randonnées.

L’écriture de Peacock est fluide et sincère, sans fioritures. On suit ses réflexions avec beaucoup d’attention. Une lecture qui est passionnante et très dense, et porte à réfléchir sur des problèmes majeurs.

Extraits (p.76/77, 91 et 111) :

Je m’autoflagellai en me rappelant la persistance monotone et épuisante de ces troubles dans mon existence. La réponse à cette complainte ne résidait pas dans les thérapies conventionnelles, mais dans la marche en pleine nature, cet habitat premier de l’homme, ce foyer nécessaire à la vie, au changement et à l’espoir.

 

Comme Abbey, j’ai toute ma vie cherché un juste équilibre entre l’amour de mes proches et les marches solitaires en pleine nature. Il n’y a pas de canyon plus profond que la solitude.

 

Le paysage se fit soudain plus sauvage. Il n’était plus un simple endroit où se ressourcer, derrière les rochers, juste au sud de Moab, en Utah. La terre redevenait ce qu’elle avait toujours été. Elle frémissait de vitalité et du pouvoir de guérir. Voilà le signe que j’étais venu traquer.

-Traduction de Camille Font-Cantoni

-Publié par Gallmeister – Totem N°225

-Titre original : Walking it Off : A Veteran’s Chronicle of War and Wilderness

-256 pages – 9,90 euros

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Abandon – JOANNA POCOCK

Abandon JOANNA POCOCK

Abandon est le récit de Joanna qui quitte Londres pour s’installer dans le Montana avec son mari et sa fille. Elle observe la vie sur place et s’intéresse aux différents sujets importants chez les habitants de la région. Elle cherche avec objectivité à comprendre la réintroduction des loups, le piégeage des animaux ou la régulation des bisons.

Joanna Pocock évoque les problèmes écologiques dans cette région qu’on pourrait penser encore préservée, avec les rivières polluées, et elle cite en exemple la Blackfoot River. Elle développe alors une partie sur la pollution due aux mines. Des mines qui aspirent les aquifères souterrains, mines qui extraient l’eau du sol et la polluent, et les mines qui polluent les rivières.

Sa rencontre avec Finisia Medrano, amérindienne, est une véritable révélation pour elle et le livre lui est d’ailleurs dédicacé. Finisia était un personnage au caractère bien trempé et elle est allée à l’encontre de la loi durant plus de vingt-cinq ans pour faire revivre un mode de vie et des traditions ancestrales.

Finisia a donc passé une grande partie de sa vie à essayer de faire revivre l’Anneau Sacré. L’Anneau Sacré était un mode de vie des Indiens de l’Ouest. Une vie migratoire qui respectait la nature et le rythme des saisons. Une vie nomade, dure et illégale que Finisia avait choisie, parcourant l’Anneau Sacré au rythme des saisons, à cheval, en replantant dans des jardins sauvages des graines de plantes à la base de l’alimentation des Indiens comme le lomatium. C’est un réensauvagement et une technique ancestrale de vie que pratiquaient les chasseurs-cueilleurs nomades.

Et puis durant cette nouvelle vie au Montana, à l’aube de la cinquantaine, Joanna évoque la fin de vie et le décès de membres de sa famille, sa maternité. Elle fait part aussi des modes de vie qu’elle a pu découvrir dans l’Ouest avec les survivalistes ou encore une expérience sur l’écosexualité. Un retour à Londres lui fait prendre conscience du décalage important entre les préoccupations des jeunes qui grandissent au Montana et dans la capitale anglaise.

Une lecture vraiment très intéressante, à découvrir !

-Traduction de Véronique Lessard et Marc Charron

-Publié par les Éditions 10/18

-Titre original : Surrender. Mid-Life in the American West

-336 pages – 8,50 euros

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